Une « génération sans tabac » à la française
C'est une proposition qui pourrait, si elle était suivie, changer durablement le rapport des Français à la cigarette. Dans son rapport annuel, l'Assurance maladie plaide pour l'interdiction progressive de la vente de tabac aux personnes nées après 2009, rapporte notamment Sud Ouest. L'idée : instaurer une « génération sans tabac », en repoussant indéfiniment l'âge légal d'achat pour les plus jeunes, jusqu'à ce que plus personne ne puisse acheter de cigarettes.
Le principe rompt avec les politiques classiques. Plutôt que de dissuader par le prix ou d'aider au sevrage, il s'agit de fermer l'accès au produit dès l'origine, pour empêcher l'entrée dans la dépendance.
Un fléau sanitaire et un coût pour la collectivité
L'enjeu de santé publique est considérable. Le tabac reste la première cause de mortalité évitable en France, avec de l'ordre de 75 000 décès par an selon les estimations couramment citées par les autorités sanitaires, et un coût élevé pour l'Assurance maladie. C'est cette logique — prévenir plutôt que soigner — qui sous-tend la proposition, présentée dans le rapport « Charges et produits », document par lequel la Caisse formule chaque année des pistes d'économies et d'amélioration du système de santé.
Le modèle britannique en toile de fond
La France ne partirait pas de zéro. Le Royaume-Uni a adopté une loi instaurant précisément ce mécanisme : l'interdiction pérenne de vendre du tabac aux personnes nées à partir de 2009, saluée par les associations françaises comme un exemple à suivre. À l'inverse, la Nouvelle-Zélande, pionnière sur le sujet, avait voté une mesure similaire avant de l'abroger en 2023, invoquant notamment le risque de marché parallèle — preuve que le chemin n'a rien d'automatique.
Une proposition, pas (encore) une loi
Un point mérite d'être souligné avec netteté : l'Assurance maladie ne fait pas la loi. Son rapport a une valeur de recommandation ; il alimente le débat et éclaire les choix du gouvernement et du Parlement, mais n'a aucune portée contraignante. L'interdiction générationnelle n'est donc, à ce stade, qu'une piste parmi les nombreuses propositions du document — qui aborde aussi la fiscalité des produits nocifs et l'encadrement des cigarettes électroniques jetables, les fameuses « puffs ». (Le détail précis des mesures et leur calendrier éventuel restent à confirmer.)
Un débat de société en germe
Reste que l'idée, en soi, pose une question de fond : jusqu'où une société peut-elle restreindre la liberté individuelle au nom de la santé collective et de la protection des générations futures ? Les partisans y voient une occasion historique d'en finir avec le tabac ; les opposants pointent l'atteinte à la liberté de choix et le risque de contrebande. En plaçant cette proposition sur la table, l'Assurance maladie garantit au moins une chose : le sujet s'installe dans le débat public français. ActuBrief suivra les suites politiques éventuelles de cette proposition.



