« Pas un tabou », mais « un peu un totem »

Le sujet est sensible, le ministre l'a abordé sans détour. Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, a estimé que le Crédit d'impôt recherche (CIR) « n'est pas un tabou », le qualifiant même d'« un peu un totem », et n'a pas exclu de le « recentrer », selon BFMTV. Une formule qui rouvre le débat sur ce dispositif, sans annoncer, à ce stade, de décision.

Qu'est-ce que le CIR ?

Créé au début des années 1980, le Crédit d'impôt recherche permet aux entreprises de déduire de leur impôt une part de leurs dépenses de recherche et développement (R&D). Présenté comme un outil d'attractivité et de compétitivité — il aide à implanter en France des centres de recherche et à y employer ingénieurs et chercheurs —, il figure parmi les plus importants crédits d'impôt bénéficiant aux entreprises, pour un coût annuel de l'ordre de plusieurs milliards d'euros.

C'est précisément cette ampleur qui en fait une cible naturelle dès qu'il s'agit de chercher des économies : difficile d'ignorer une dépense fiscale de ce poids quand les comptes publics sont sous tension.

Le cœur du débat : coût contre efficacité

Autour du CIR, deux logiques s'affrontent. D'un côté, ses défenseurs y voient un atout stratégique pour l'innovation et l'industrie, un signal envoyé aux investisseurs internationaux. De l'autre, ses détracteurs pointent son coût élevé et s'interrogent sur son efficacité réelle, une part importante du bénéfice se concentrant sur de grands groupes. D'où l'idée récurrente d'un « recentrage » : mieux cibler le dispositif — par exemple vers les PME ou des priorités comme la transition écologique — plutôt que de l'accorder largement.

Recentrer plutôt que supprimer

Sur le fond, la tonalité gouvernementale ne semble pas être à la suppression. Côté industrie, on a d'ailleurs assuré que « la grande masse » du CIR « sera maintenue », rapporte franceinfo. L'hypothèse la plus discutée est donc celle d'ajustements ciblés, non d'un démantèlement.

Reste que le simple fait d'ouvrir la porte à une réforme, dans la bouche du ministre de l'Économie, en dit long sur la pression budgétaire. Le CIR incarne un dilemme classique : comment réduire la dépense sans abîmer ce qui soutient la recherche et l'industrie ? Le débat, appelé à se poursuivre lors de la préparation du budget, tranchera entre le totem et le levier d'économies. ActuBrief suivra les arbitrages.